Décravater un canot

Par Jamie Orfard-Clarke et traduit par Maxime Girard, instructeurs avec Boreal River Rescue

Si vous pagayez en eau vive, il y a de fortes chances qu’un jour ou l’autre vous soyez dans l’obligation de faire face à un canot cravaté (le vôtre ou celui d’une autre personne).

Un canot duo à comme caractéristique d’avoir une forme de cuillère géante. Il a aussi tendance à avoir une ligne de flottaison qui se trouve près du plat bord. C’est ce qui rend ce type d’embarcation susceptible de se retrouver impliquée dans une cravate. Comprendre certains principes de bases et appliquer certaines techniques peuvent grandement vous aider à vous sortir de ce genre de situation.

 

Prévention

Comme pour toutes situations de sauvetage, la meilleure chose à faire est d’agir de manière préventive.

Prise de risques

Faites du repérage pour les rapides qui impliquent un certain risque afin d’identifier et d’éviter les roches pouvant causer une situation de cravate. Portez une attention particulière aux obstacles qui se situent dans le milieu de la rivière et dont l’accès est difficile. S’il n’est pas sécuritaire d’accéder à une embarcation cravaté, aucune technique de récupération ne pourra s’appliquer.

Se pencher vers le rocher

Lorsque votre canot se déplace perpendiculairement au courant et en direction d’une roche, il pourrait vous passer par la tête de vous incliner vers l’amont afin de vous en éloigner. Ce comportement aurait pour conséquence d’offrir la possibilité au courant de s’engouffrer dans la « cuillère » du canot.

Il est préférable de gîter le canot vers l’aval avec l’aide de tout votre poids. Comme si vous vouliez donner un câlin à la roche. Le courant sera ainsi forcé de glisser sous le canot. Ce qui aura pour effet de pousser votre embarcation par-dessus la roche, de vous donner le temps de basculer votre canot au tour de l’obstacle, ou bien de vous laisser le temps de débarquer pour vous tenir debout sur la roche.

Utilisation d’une flottaison ajoutée pour minimiser les risques de chavirement

Pour une sortie journalière, l’utilisation d’un ensemble de ballons de pointes et d’un ballon central diminue les chances de chavirer dû à une trop grande accumulation d’eau dans le canot. En contexte d’expédition, lorsqu’il est impossible d’avoir un ballon central, les ballons de pointes sont suffisants pour aider le canot à flotter. Un canot avec des flottaisons ajoutées aura une meilleure flottabilité, ce qui le rend plus facile à récupérer et diminue ainsi ses chances de se cravater.

Fixer l’équipement dans le canot

Certaines personnes choisissent de fixer leurs équipements au canot à l’aide de cordes, de sangles ou en utilisant une toile de pontage. Cette technique peut diminuer le volume d’eau présent à l’intérieur de l’embarcation (surtout avec l’utilisant de barils étanches), et peut aussi permettre d’augmenter la rigidité du canot en cas de cravate. Les équipements devraient être fixés au canot de manière sécuritaire et le groupe devrait être familier avec les techniques de récupération d’un canot chargé.

Gestion de la récupération d’un canot

Priorité #1, les personnes

Dénombrez et stabiliser les nageurs avant d’approcher l’embarcation cravatée. Lorsque toutes les personnes sont en sécurité, les tentatives pour déloger le canot doivent s’effectuer en respectant le niveau d’acceptabilité aux risques du groupe. Essayez aussi d’utiliser la technique la plus efficace possible. Il y a de fortes chances que le canot agisse comme une passoire, il est donc préférable d’y accéder par le contre-courant qui se trouve en aval de celui-ci.

Planification

Lorsque vous effectuez des manœuvres pour décravater un canot, il est important d’anticiper quel sera la suite des événements. Vous ne voulez surtout pas qu’il se retrouve de nouveau coincé sur une autre roche pour avoir à recommencer tout le processus de décravater ou bien qu’il finisse sa course dans une chute. Pour éviter ce genre de situation, il est souvent possible pour un secouriste se trouvant sur la berge de contrôler le mouvement de pendule du canot. Il suffît d’attacher une corde à une extrémité afin de faciliter sa récupération.

Cette corde d’assurage peut être rattachée à la poignée constituée de corde (ou de sangle) qui se trouvent aux extrémités du canot. Assurez-vous de l’intégrité de cette poignée et vérifiez qu’elle soit retenue par une boucle fermée (Figure 8 Follow Through Loop) et non par des nœuds d’arrêts. Il est souvent préférable d’utiliser cette poignée comme ancrage de sécurité pour être capable de retenir le canot lorsqu’il se libère de sa position.

Le point d’attache le plus résistant sur un canot est sa coque. C’est pourquoi l’utilisation d’un nœud en tête d’alouette avec la sangle qui sort vers le haut (voir ci-dessous) est un excellent moyen d’obtenir un encrage solide.

Pour éviter que le canot se retrouve de nouveau en situation de cravate lorsqu’il est libéré, il peut être préférable de le laisser descendre le rapide. Il vous suffira par la suite d’effectuer une récupération.

Pousser, tirer, et soulever le canot

Un canot cravater est retenu par des forces qui sont appliquées de chaque côté d’un obstacle. Pour qu’un canot puisse sortir de cette position, un débalancement dans l’application de ces forces doit inévitablement se produire. Afin d’y arriver, il est possible qu’une faible force appliquée dans la bonne direction soit suffisante pour aider le courant à déloger le canot.

La manière la plus efficace est souvent de soulever l’extrémité du canot qui contient le moins d’eau. Soulevez avec vos jambes et soyez vigilant quant à votre positionnement en rapport avec l’embarcation. Elle pourrait se déplacer et se repositionner contre une nouvelle face de la roche. Il est possible d’impliquer plusieurs personnes pour tenter de soulever le canot. Un tronc d’arbre peut aussi être utilisé comme levier.

Le concept de travailler avec le courant dans le but de provoquer un débalancement des forces, est essentiel afin de réussir à sortir l’embarcation de sa situation.

Nous vous conseillons de garder ce concept en tête lorsque vous ferez face à des situations plus ou moins complexes

Halage à partir d’une berge : sauvetage avec corde

Haler à partir d’une berge ne fonctionne souvent pas aussi bien qu’on pourrait l’imaginer. La raison est qu’il peut être difficile de travailler avec l’angle parfait. Il est cependant possible d’appliquer beaucoup plus de forces en utilisant plusieurs secouriste ou avec l’aide de systèmes de gain mécanique. Dépendamment des dangers présents dans la rivière et du groupe de secouriste, il est parfois très dangereux d’avoir des personnes au milieu de la rivière pour essayer pousser, tirer, et soulever le canot. Attacher une corde permet donc de se positionner sur la berge et de pouvoir haler de manière sécuritaire.

Gestion de corde sécuritaire

Toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans le système de traction, devraient se trouver en amont de la corde pour éviter de se faire projeter sur le sol lorsque le canot se dégage de son étreinte. Très important de ne jamais enrouler la corde au tour de vos mains ou au tour de n’importe quelles autres parties de votre corps.

Attelage d’un canot

Le halage d’un canot implique beaucoup de force. C’est pourquoi il est préférable d’attacher la corde sur la coque du canot avec un nœud en tête d’alouette et non sur la poigné.

Bien se positionner

Il sera très difficile d’appliquer une force suffisamment grande pour décravater un canot si vous halez dans la mauvaise direction. Le halage devrait provoquer une rotation qui aura pour effet de débalancer les forces qui sont appliquées contre le canot pour qu’enfin il puisse de libérer.

Les règles générales suivante doivent s’appliquer :

Bateau à l’horizontal (perpendiculaire au courant) ou angulé en direction de la berge la plus près.

Bateau à l’horizontal (perpendiculaire au courant) ou angulé en direction de la berge la plus près.

Correct : Haler sur l’extrémité du bateau la plus éloignée à partir d’un endroit qui se trouve en amont du bateau.

De cette manière, le canot n’aura d’autres choix que d’effectuer une rotation. Ce qui aura pour effet de débalancer les forces qui sont appliquées contre l’embarcation. Travailler avec l’eau rend souvent le travail beaucoup plus facile.

Incorrecte : Haler sur une corde qui est positionner à l’extrémité du canot la plus rapprochée de la berge aurait pour effet d’équilibrer les forces appliquée contre le canot. Lorsque le halage est effectué contre le courant, l’embarcation aura tendance à reprendre sa position initiale.

Embarcation orienté à l’opposé de la berge rapprochée

S’il est impossible que le canot effectue un mouvement de rotation lorsqu’il est halé en provenance de la berge la plus près, considérez l’utilisation de l’autre berge pour haler. Une autre option est de se rendre an aval de l’embarcation pour tenter de le déloger manuellement comme expliqué dans la section Pousser, tirer, et soulever le canot.

 

Approche échelonnée

Initiez le halage de manière la plus simple possible en appliquant une force directement sur la corde. Utilisez plusieurs personne pour augmenter la force de halage. Essayez de modifier l’angle dans laquelle vous tirez en vous déplaçant en amont, en aval ou en utilisant une partie surélevée de la berge. Si le canot ne veut toujours pas se décoincer, trouvez un point d’encrage dans la direction qui vous semble la plus efficace et installez un système de gain mécanique.

User d’imagination: gardez une ouverture d’esprit. Si la technique que vous utilisez ne fonctionne pas, essayez des méthodes alternatives. Il est possible de trouver la solution en combinant différentes techniques : une corde tendue grâce à un système de gain mécanique peut venir en aide à un sauveteur qui applique la technique du Pousser, tirer, et soulever le canot.